LA SUCCESSION OU L'HERITAGE CHEZ LES AGNI N’DENIAN

LA SORTIE DE SA MAJESTE

LA SUCCESSION

La succession ou l’héritage chez les  Agni N’dénian est matrilinéaire. Les enfants des sœurs sont les héritiers de droit de leurs oncles maternels. Après le décès de l’oncle, une concertation familiale avec les membres de la famille associant hommes et femmes surtout, permettra de désigner l’héritier de droit de l’oncle défunt. Les femmes à cette occasion désignent par lignage et par droit d’aînesse l’héritier. La nature a horreur du vide dit-on, alors il faut trouver un hériter au défunt. Héritier capable de gérer les affaires et les biens de la famille. Il aura pour tâche de veiller sur tout (biens - femmes – enfants…). Une fois l’héritier désigné ou choisi, son intronisation se fait en général un Vendredi Saint (A nan ya) pour respecter la tradition.
Il sera alors publiquement présenté à la famille. Suivra alors la cérémonie de saupoudrage suivie de cris et de chants de joie « Ho homo » (ossé yé) pour prouver que ce choix est approuvé.Il faut préciser qu’il n’y a pas de délai imposé pour installer un héritier. En fonction du charisme du défunt, les choses peuvent se précipiter.
Les enfants, les femmes du défunt vouent le même respect, la même considération à l’héritier. La nature a horreur du vide dit-on. Sans une autorité coutumière dans un village, les populations sont sans parasol, sans guide et s’interrogent.Devant le vide laissé par le décès du chef, face aux interrogations et aux angoisses des populations, la désignation ou l’intronisation de la nouvelle autorité coutumière s’impose.‘’ Le Roi est mort, Vive le Roi ! ‘’ Le choix de la nouvelle autorité est du ressort de la famille régnante. Les Vieilles de la famille vont être consultées ; Alors elles vont se concerter pour désigner selon le droit d’aînesse en lieu sein, le fils qui a droit à la succession, car l’héritage se fait de façon matrilinéaire. Elles désigneront après plusieurs tractations le neveu de l’oncle défunt pour lui succéder. Celui-ci doit avoir certaines qualités reconnues comme la probité, l’intégrité. Il doit être de bonne renommée, respectueux, de bonnes moralités et être un rassembleur d’hommes. Toutes ces vertus sont des qualités essentielles exigées du nouveau chef. Une fois, le choix fait, alors les parents informeront le doyen des chefs de village qui à son tour informera le Roi de la désignation du nouveau chef. Toutes les dispositions seront prises pour la fixation de la date de l’intronisation et de l’organisation de la cérémonie. Le doyen des chefs en collaboration avec le Roi désignera un notable pour former, instruire le nouveau chef jusqu’à la date indiquée pour son intronisation, laquelle sera publiée. Arrive enfin le grand jour. Rassemblées à une heure de l’après-midi aux environ de quatorze heures, sur la place publique, les population parées de leurs plus beaux atouts attendent les membres de la famille refuante, les invités et les autres autorités ( coutumières, politiques et administratives.)

Sous l’autorité du plus âgé des chefs de village ou de cantons, la cérémonie d’intronisation pourra commencer. Les échanges de civilités autres autorités coutumières hôtes et les autres citées plus haut commenceront. On désignera les porte-parole et les porte cannes à cet effet. A la fin de ces échanges, au nom de la royauté, les portes cannes entrent en conciliabule avec les vieilles femmes de la famille pour connaître le nom du successeur désigné. Il viendra sur la place publique pour annoncer au public rassemblé et impatient le nom du nouveau chef, dès l’annonce les cris de joies, les chants et les danses sonneront de partout. Toutefois,  le porte cannes fera pousser le cri d’approbation qui est le " HOHO MO" les populations reprendront "HO" à leur tour le nouveau chef amis ou perdu au milieu de ses parents sera saupoudré et porté en triomphe par des grands acquis à sa cause et qui le protègeront contre toutes menaces extérieures car cela arrive pour faire le tour d’honneur du village suivi par les chants d’allégresse. Après le tour d’honneur dans le village, on le ramènera sur la place publique pour l’installer à l’avant maintenant au milieu de ses parents.
Une autre phase très importante va commencer. Sur intronisation du porte canne célébrant, le siège dont il a hérité doit être présenté au public officiellement. Il sera posé au beau milieu de la place.

Dans certains villages ne disposant pas de siège cette se passe sous silence. Le célébrant principal va alors interroger le chef désigné par rapport à son approbation ou non de cette désignation publiquement. Son approbation sera suivie de cris de joie, de chants et de danses. Dès que le nouveau aura accepté avoir été désigné par les membres de sa famille, alors le célébrant va imposer la purine d’héritage au nom des autorités coutumières présentent. Un forfait est donné après négociations devant le monde. (une caisse de gin, une certaine somme d’argent 100.000 F CFA) pour remercier les chefs et les notables pour avoir assisté et participé à la cérémonie. A la fin de cette civilité, le chef nouvellement désigné sera (encore) interrogé pour permettre aux populations de savoir son chef nouveau nom, il veut être désormais appelé, c’est son nom de règne. Il le choisit au regard de ce que furent ses prédécesseurs en vue de perpétrer leurs actions. Alors dorénavant c’est sous ce nouveau nom que toutes les populations l’appelleront. Ses vêtements seront déchiquetés en menus morceaux à la main sous les larmes ni couteaux par la population en guise de témoignage.  Il sera revêtu sous apparaît. La prestation de sermon est une autre étape très importante dans la cérémonie d’intronisation du chef. On viendra faire allégeance au chef en tenant le sale, symbole du pouvoir. Cette allégeance commence par le fils aîné du défunt qui le fera au nom de ses frères et sœurs. Suivront tour à tour le responsable des jeunes, le chef de la famille, les notables du village. Par trois fois, les responsables désignés jureront respect, obligation et soumission au chef. A son tour le chef fera allégeance au Roi selon le même rite. Les femmes ne font pas d’allégeance soulignons-le. Après ce rite d’allégeance, le chef fera un tour d’honneur à pieds de la place pour saluer et témoigner toutes sa reconnaissance à ses hôtes et aux populations, avant d’aller prendre place pour recevoir les recommandations du chef de canton ou du Roi. La cérémonie prendra ainsi fin dans la liesse générale aux sons des tam-tams, de chants et de danses. La grande panade du chef est prévue pour le lendemain. Paré de tous ses attributs, le chef fera sa sortie officiellement dans le village et recevra des dons de toutes parts.

N.B : Les chefs nouvellement intronisés ne sont jamais dans un hamac. Ils doivent se soumettre à une période de sept ans. Après cette période, ils pourront se faire porter dans un hamac s’ils le désirent pendant les grandes cérémonies traditionnelles comme la fête d’ignames.

Après la cérémonie de présentation du nouveau chef et en attendant le lendemain pour sa sortie officielle, chef est appelé à passer une nuit blanche. Il n’a pas le droit de fermer les yeux dans la nuit, il lui est imposé de veiller toutes la nuit. Entourés des notables, des hommes de la cour et des membres de sa famille, le chef intronisé doit avoir les yeux ouverts toute la nuit jusqu’au petit matin. Dès qu’il somnole, il est rappelé par ceux qui l’en toment. Pour réussir cette veille des sujets de tous genres seront abordés. Les causeries et les discussions maintiendront pour le monde en éveil. " Le HOHO-MO" prononcé, le signe d’approbation a aussi son coût. L’installation sur le siège, ou l’intronisation reste une phase importante de la cérémonie et demande beaucoup de vigilance. Vigilance du côté des célébrants comme des anciens sous l’œil vigilant de ceux-ci la cérémonie peut débuter dans un "silence royal". Le chef désigné débout entre deux vigoureux anciens et tenu par les bas doit par trois (03) fois faire le geste de s’asseoir sur le siège, le tabouret royal dont il a hérité avec leur soutien. Son postérieur ne doit en aucun cas touché le siège. Il est relevé aussitôt. Il peut être installé par le même cérémonial sur n’importe quelque siège, mais par sur le tabouret royal, le tabouret fétiche qui est adoré. S’il arrive qu’on le fait, c’est un mauvais présage, il faudra alors tout un autre protocole, un autre cérémonial et invoquer les esprits afin qu’ils pardonnent cet impair et on recommencera.